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Un texte de Marc Champagne



Le patriote

Automne 1837, les récoltes sont engrangées.
Galvanisés par leurs héros qui hissent bien haut,
L’étoffe blanche, verte et rouge, qu’est leur drapeau,
Irrésolus entre quiétude et rébellion,
Confus d’abandonner la famille bien aimée,
Prêts pas prêts, partons!

Jeune et fougueuse nation
Ayant pris racines sur le cap diamant,
Étendue sur les rives du majestueux St-Laurent,
Assoiffée d’indépendance et d’émancipation.

Prostrée par ce gouvernement
Impérialiste et conquérant,
Indifférent à son abattement.
Vivre d’espoir ou misérablement,

Résolus à vaincre ou à périr,
Pour ce pays à reconquérir.
On se regroupera à St-Denis, St-Benoît et autres villages,
Jeunes, vieux, hommes de tous âges.
À pied ou chevauchant leur canasson,
Prêts, pas prêts, partons.

Par un ciel gris et morne,
Partent des milliers d’hommes,
Armés de bravoure ou de candeur,
De vieux mousquetons, de fourches et de bâtons.
Ils affrontent une armée qui sème la terreur,
La plus puissante de la terre.
Dans un bruit de tonnerre,
Elle fait marteler ses canons.

La force est démesurée et les faibles troupes
Sont rapidement mises en déroute.
Certains réussissent à s’échapper,
Plusieurs en fuite sont massacrés,
D’autres faits prisonniers,
Menottés, pieds et poings liés,
Prennent le chemin des prisons.
Prêts, pas prêts, partons.

Hiver 1839, ils attendent avec appréhension
Que les coloniaux les accusent de trahison.
Puis dans une mascarade de procès,
Ce cirque anglais,
Les condamne à la pendaison.
Fautifs, ils le sont,
Mais seulement d’avoir trop aimé leur nation.

Jamais plus ils ne ressentiront
Le corps de la bien-aimée étendue dans les draps.
Jamais plus, ils ne serreront
Leurs enfants dans leurs bras.

Tremblants autant de haine que de peur,
Enlevés à tout jamais à leur femme, filles et fistons,
Sous eux, la trappe s’effondre dans l’effroi et la clameur
Prêts, pas prêts... partons.

Environ 300 patriotes abattus au combat.
Une soixantaine sont déportés
Et 12 sont exécutés.

Chevalier Delorimier
S’écrit avant de mourir, ‘’Vive la Liberté vive l’Indépendance’’

Je regrette qu’ils n’aient pas réussi,
Honte à nous d’avoir échoué aussi.
Puissions-nous un jour, voir nous enfants
Gouverner vaillamment sur ce coin de continent.

                                                 



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